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« Juste d’en entendre parler, c’est traumatisant »

7 août 2008

Les rapts d’enfants en échange de rançons se multiplient en Haïti, et ce, depuis plusieurs mois. Dans une déclaration faite il y a quelques semaines, l’UNICEF en estimait le nombre à une cinquantaine pour la période allant de janvier à juin 2008.

Véronique Taveau, la porte-parole de l’organisme onusien à Genève, soulignait que de jeunes victimes, des enfants en bas âge, étaient aussi violées, torturées ou assassinées et que les auteurs de ces crimes horribles restaient impunis.

De passage à Québec où elle assiste à un séminaire de l’Organisation mondiale pour l’éducation préscolaire (OMEP), Marie-Évelyne Champagne Saint-Louis, enseignante à Port au Prince et trésorière pour l’OMEP dans son pays, témoigne : « C’est terrible. Personne n’est à l’abri. Juste d’en entendre parler, c’est traumatisant. »

Horrible
Les kidnappings, confirme Mme Champagne Saint-Louis, visent des bébés et ça va jusqu’aux adolescents. Elle raconte l’histoire d’un garçon de 16 ans retrouvé démembré et défiguré. Son corps avait été jeté sur un tas d’immondices. Pourtant, la rançon avait été versée.

Dans un autre cas, c’est une femme enceinte qui a été enlevée : « Comme ça, ils avaient la femme et le fœtus comme otages », raconte-t-elle. L’enseignante dit encore que certains parents préfèrent garder leurs enfants à la maison plutôt que de les envoyer à l’école. À Noël dernier, une fête pour les enfants n’a pas eu lieu.

La police haïtienne a déjà indiqué qu’elle attribuait ces atrocités à des bandes criminelles et que les rançons demandées pouvaient varier entre 4000$ et 8000$ US.

Mme Champagne Saint-Louis souligne que les rapts ont commencé à la suite de l’exil forcé de l’ancien président Aristide : « Au début, explique-t-elle, ils s’en prenaient à des adultes. Mais depuis deux ans, ils se sont aussi tournés vers des enfants. » Elle donne donc à ces crimes odieux une connotation politique : « Ils se sont dit : Notre président a fait l’objet d’un kidnapping, alors il y aura d’autres kidnappings », a-t-elle déclaré.

Et les enlèvements visent aussi des étrangers de passage en Haïti. On se souvient de Nadia Lefebvre, une étudiante de l’Université de Sherbrooke, enlevée et retenue pendant une dizaine de jours près de Port-au-Prince, en mai dernier, avant d’être relâchée. La police n’avait pas confirmé si une rançon avait été versée.

Une résolution circule présentement au Séminaire mondial de l’OMEP auquel participent 250 délégués venant de 35 pays. Le texte évoque notamment le climat de terreur qui sévit en Haïti et il s’adresse à la communauté internationale : « Nous implorons le gouvernement haïtien, nos gouvernements respectifs, les Nations-Unies et leurs agences ainsi que nos collègues des ONG de tout mettre en œuvre pour que cesse cette violence gratuite », peut-on lire.


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