Actualité à la Une

    

Traduire :

 





  

28 septembre 2004

- Jean-Hébert ARMENGAUD

Aux Gonaïves, troisième ville du pays, ravagée par les eaux, on redoute les épidémies.

« La réalité c’est que tout bilan est impossible à faire. » Plus d’une semaine après le passage de la tempête tropicale Jeanne sur le nord d’Haïti, Kettly Julien, responsable d’une organisation humanitaire locale qui travaille sur Les Gonaïves, dresse un tableau désespéré de la situation dans la troisième ville du pays, la plus touchée, de loin, par les inondations. « Dans bien des zones un peu éloignées du centre, où les secours ont du mal à parvenir, il y a des gens qui vivent encore dans les arbres... Les cadavres s’accumulent encore en dehors des bilans officiels, les maisons ne sont plus que des débris, il n’y a pas d’eau potable, les cadavres d’animaux flottent, les enfants commencent à avoir des diarrhées, on craint des débuts d’épidémies, le choléra, la malaria... »

Dégâts des pluies. Le dernier bilan officiel de la protection civile haïtienne faisait état hier de 1 330 morts, 1 056 disparus, 3 000 blessés et 300 000 sans-abri. « Je ne pense pas qu’il y ait encore l’espoir de retrouver vivant les disparus », a précisé à l’agence de presse Haiti Press Network le porte-parole de la protection civile, Dieufort Delorge. Le maire des Gonaïves, Calixte Valentin, a confirmé sur des radios haïtiennes que tout bilan semblait impossible à établir : « Nous avons comptabilisé des données qui dépassent les chiffres de la protection civile. Nous découvrons des corps au fil des heures dans les décombres de maisons détruites, sous les amas de boue et sur le littoral où des cadavres sont rejetés par la mer. »

La dépression tropicale Jeanne ­ alors au simple stade de « tempête » avant de gonfler pour devenir cyclone et aller frapper la Floride (lire ci-contre) ­ a provoqué les 18 et 19 septembre moins de dégâts par ses vents que par les pluies qui l’ont accompagnée, dans un pays qui souffre de déforestation systématique. Les inondations ont détruit une bonne partie de cette ville de 250 000 habitants. « Désormais, poursuit Kettly Julien, l’urgence absolue serait d’évacuer la ville, en tout cas plusieurs dizaines de milliers d’habitants, les mettre « au sec », loin des eaux stagnantes, des foyers possibles d’épidémies. Il faut trouver les terrains et il faut des tentes pour reloger les gens. » Le Premier ministre haïtien a évoqué ce week-end cette possibilité d’évacuer la ville au moins partiellement : « Il faut la nettoyer et désinfecter les maisons pour diminuer les risques d’épidémies. »

« Kits médicaux ». Massive, l’aide d’urgence internationale reste encore insuffisante vu l’ampleur des dégâts. La France a notamment envoyé samedi un Airbus affrété par le ministère des Affaires étrangères emportant 40 tonnes de dons d’une demi-douzaine d’ONG. « Une aide d’urgence constituée de stations de potabilisation de l’eau, de réservoirs, kits cuisine, tentes, rations alimentaires et de kits médicaux », selon le porte-parole du ministère. Deux avions cargos de la Croix-Rouge française sont également arrivés à Port-au-Prince, l’aéroport des Gonaïves restant inutilisable. Tour à tour, le Chili, le Brésil, l’Espagne et d’autres se sont mobilisés.

Selon les ONG présentes sur place, la tension ne cesse cependant d’augmenter dans la ville. Les habitants se plaignent de la mauvaise répartition de l’aide qui n’atteindrait que les mêmes quartiers. Et les conditions de sécurité seraient de moins en moins sûres. Un convoi d’aide humanitaire a été attaqué dimanche après-midi en plein centre-ville par plusieurs dizaines de jeunes Haïtiens armés de barres de fer, malgré la présence de soldats de la mission de stabilisation (Minustah), les Casques bleus de l’ONU présents depuis la chute du président Aristide en février. Les jeunes gens ont tenté de dévaliser deux camions d’aide humanitaire avant d’être dispersés par des gaz lacrymogènes.


La reproduction, la redistribution ou la syndication du texte ci-dessus, dans son intégralité ou en partie, nécessitent l'autorisation préalable et expresse de Liberation.





    Imprimez cet article   Commentaires Vos Commenaires Sauvegarder Classez Enregistrer au format PDF