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26 août 2011

- Lionel Edouard

L’attente devient de plus en plus insupportable. Les cent premiers jours du Président Martelly viennent de s’écouler et Haïti n’a toujours pas de premier ministre. Entre spéculations, rumeurs et accusations l’espoir de voir la crise se terminer s’évanouit. En tout cas, la période de grâce est terminée, les forces politiques et sociales du pays, en sommeil depuis les dernières élections, vont peut-être se réveiller pour contraindre les hommes au pouvoir à faire avancer le pays.

Le pays est paralysé. La grogne enfle. Et les décisions, dit-on, du chef de l’Etat de nommer de nouveaux ministres, secrétaires généraux et chargés d’affaires sont loin d’être une cure efficace au mal qui ronge le pays. S’il est vrai que le président échappe à tous les conformismes, il doit cependant éviter l’avarice des sentiments, s’apprivoiser afin d’orienter sa fougue et ses idées nouvelles dans le sens des intérêts de la collectivité. Le déchirement du pays est encore évitable et les cris d’alarme de certaines fractions de la société traduisent le climat de tension qui règne. Michel Martelly n’a d’autre choix que de devenir le président de la réconciliation nationale.

Des signes avant-coureurs… L’oncle Sam se fâche-t-il déjà ? En tout cas, des émissaires américains sont entrés dans le pays en milieu de la semaine écoulée et se sont entretenus avec les 16 sénateurs du groupe majoritaire. Suivant les premières informations, ils sont en mission pour plaider la reconduction du Premier ministre démissionnaire, Jean Max Bellerive. Ils devaient rencontrer également le chef de l’Etat, Michel Martelly, pour peaufiner un accord sur le Choix de M. Bellerive. La pilule semble difficile à avaler pour les parlementaires, notamment ceux du groupe minoritaire, mais, parait-il, il n’y a plus lieu, dit-on, de discussion. L’international est en train d’imposer une « solution ».

« Le Peuple attend une formule pour débloquer le pays », C’est ce qu’avait déclaré l’ambassadeur Américain, Kenneth Merten, au début de la semaine écoulée. Tout en se défendant d’interférer dans les affaires haïtiennes, il avait attiré l’attention des protagonistes sur les conséquences néfastes de l’absence d’un gouvernement légitime dans le pays. Ces déclarations de l’ambassadeur Merten contrastent avec la présence de cette mission. Suivant l’avis de plus d’un, c’est un acte d’ingérence grave. Peut-on croire que l’ambassadeur n’était pas informé de la présence de ces émissaires ? Ou, Préparait-il tout simplement l’opinion publique ?

L’ambassadeur Merten s’était dit, toutefois, optimiste quant à un accord entre les acteurs haïtiens. Parlait-il en connaissance de cause ? Un accord est imminent, apprend-on. Nul n’imaginait qu’il interviendrait si tôt. Une fois de plus, semble t-il, la solution viendra de l’étranger. Cette mission est évocatrice du ras-le-bol de la communauté internationale face à cette crise politique qui menace la stabilité du pays. L’opération « debloke peyi » fait également parti des signes avant-coureurs. Lancé par certains individus qui se sont réclamés du parti politique « Peyizan », cette opération est symbolique du ras-le-bol populaire face à cette situation de crise persistante et gratuite qui hypothèque un peu plus l’avenir du pays. Les responsables de cette formation politique ont depuis formellement démenti les informations les liant à une quelconque opération qui consisterait à faire pression sur les parlementaires pour ratifier le prochain premier ministre désigné par le chef de l’Etat. C’est, en tout cas, un profond témoignage de l’exaspération populaire.

Pratiquement tous les secteurs de la vie nationale sont inquiets. C’est également le cas pour la classe économique. Cette semaine, des membres du forum économique ont rencontré le président de la chambre des députés, et lui ont fait part de leurs inquiétudes face à l’enlisement de la crise. En effet, suivant les représentants du secteur économique, l’absence de gouvernement constitue un obstacle au développement du pays et paralyse sa croissance.

La société civile s’impatiente également. 13 organisations, représentant ce secteur, ont exprimé leurs préoccupations face à la dégradation du pays, disent-elles, sur le plan économique, social et politique en raison de l’absence d’un gouvernement légitime et de leadership sérieux de la part des autorités étatiques. Pour marquer les cent jours du président Martelly, dans une note rendue publique, elles ont appelé le chef de l’Etat à former un gouvernement et à promulguer la constitution amendée.

Si les promesses de campagne peinent encore à atterrir, ces organisations n’ont, toutefois, pas oublié de les rappeler au chef de l’Etat. Une solution rapide, estiment-elles, devra être apportée aux graves problèmes sociaux et économiques auxquels le pays fait face : stagnation des dossiers de la reconstruction et du relogement des personnes vivant sous les tentes, recrudescence de l’insécurité, vulnérabilité de la population face aux menaces des désastres naturels, régression accrue de l’économie, persistance de l’extrême pauvreté.

L’incapacité et l’incertitude de la grande majorité des parents face aux exigences de la rentrée scolaire comptent également parmi les préoccupations de ces organisations, qui estiment que jusqu’ici, aucun mécanisme clair et transparent n’a été présenté à la population sur les facilités relatives à la scolarisation gratuite et obligatoire. Par ailleurs, elles invitent le chef de L’Etat à se ressaisir en évitant les voyages à retombées hypothétiques pour se concentrer sur les négociations avec le parlement afin de choisir un Premier Ministre. Elles en ont aussi profité pour inviter les parlementaires à faire preuve de discernement et de patriotisme dans l‘exercice de leur pouvoir. Ces organisations sanctionnent donc les cent premiers jours de M. Martelly au pouvoir qui sont, selon elles, loin d’être un succès.


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